Deux semaines après avoir basculé mon vieux ThinkPad sous Linux, mon père m'appelle : « Ton truc, tu peux me l'installer sur le PC du salon ? Windows 11 me demande un compte Microsoft, je n'en veux pas. » C'est la troisième fois ce mois-ci. Alors voilà, je vais écrire la procédure une bonne fois pour toutes, parce que je la répète au téléphone à chaque fois.
Installer Linux sur un PC, ce n'est pas sorcier. Le vrai problème, ce sont les trois ou quatre pièges que personne ne mentionne et qui transforment une installation « en quinze minutes » en après-midi perdu. Je vais vous les donner sans filtre, y compris les erreurs que j'ai commises moi-même — dont une qui m'a coûté un disque entier.
Points clés à retenir
- Sauvegardez vos données AVANT de toucher au moindre disque. Pas « je ferai ça après », vraiment avant.
- Une clé USB de 8 Go suffit pour la plupart des distributions.
- Le Secure Boot est la cause n°1 des clés qui « ne démarrent pas ».
- Un /home séparé vous épargnera bien des sueurs lors d'une future réinstallation.
- Wi-Fi et carte graphique NVIDIA sont les deux points noirs après l'installation.
- Le double-boot avec Windows fonctionne, mais Windows se permet de casser GRUB à chaque grosse mise à jour.
Avant de commencer : les prérequis qu'on ne vous donne jamais
Combien de RAM pour faire tourner Linux ? C'est la question qu'on me pose en premier, et la réponse honnête est : ça dépend de ce que vous installez. Ubuntu ou Fedora avec un environnement GNOME moderne, prévoyez 4 Go pour être à l'aise, 2 Go pour survivre. Linux Mint avec XFCE tourne convenablement sur un vieux coucou à 2 Go, et j'ai fait démarrer une Debian à 1 Go sur une tour de 2009 pour un atelier associatif — lentement, mais elle démarrait.
Le matériel, concrètement
- RAM : 2 Go minimum, 4 Go conseillé, 8 Go pour être tranquille si vous gardez des onglets ouverts.
- Espace disque : comptez 25 Go pour le système seul, 50 Go si vous voulez respirer.
- Processeur : n'importe quel x86 64 bits des quinze dernières années.
- Une clé USB de 8 Go (4 Go peuvent suffire, mais pour les distributions lourdes c'est juste).
Un mot sur l'UEFI et le mode Legacy. Depuis des années, les PC livrés avec Windows utilisent UEFI. Si votre machine est récente, vous êtes en UEFI. Si vous ressuscitez une tour de 2010, vous êtes probablement en Legacy (appelé parfois CSM). Cette distinction compte au moment de la clé USB : une clé préparée pour UEFI ne démarrera pas en mode Legacy, et inversement. Sur ma première tentative, j'ai passé 40 minutes à me demander pourquoi la clé n'apparaissait pas dans le menu de démarrage — c'était simplement ça.
Sauvegarder, ou comment éviter de pleurer
Je vais être direct : si vous n'avez pas de copie de vos fichiers ailleurs, ne lancez pas l'installateur. Pas de « je vais faire attention », pas de « je cliquerai sur la bonne partition ». L'installateur ne vous connaît pas, il n'a aucune raison de vous épargner.
Ce que je fais désormais systématiquement : je branche un disque externe, je copie mes dossiers Documents, Images, et tout ce qui traîne sur le bureau. Puis je vérifie que les fichiers sont là, que le nombre de photos correspond, que le dossier n'est pas vide. Sur mon premier vrai basculement, j'avais « sauvegardé » mes données sur une clé USB qui s'est avérée défectueuse. J'ai découvert le problème après l'effacement. Deux ans de photos de famille. Je n'ai jamais récupéré certaines.
Vérifier l'image ISO avant de graver
Une image ISO téléchargée peut être corrompue — téléchargement interrompu, connexion instable. La plupart des sites de distributions publient une somme de contrôle (SHA256) à côté du fichier. Vous la calculez localement, vous comparez. Ça prend deux minutes et ça évite de vous arracher les cheveux devant une installation qui plante à mi-parcours sans explication.
Pour graver la clé, deux outils font le travail : Rufus sur Windows, Etcher partout. Attention au piège classique : la clé USB ne se prépare pas en copiant le fichier .iso dedans comme une simple clé de stockage. Il faut un outil qui écrit l'image secteur par secteur. C'est l'erreur la plus répandue chez les débutants, et elle produit une clé qui contient un joli fichier et qui ne démarre pas.
Configurer le BIOS : l'étape qui bloque tout le monde
Vous branchez la clé, vous redémarrez, et… rien. L'ordinateur démarre sur Windows comme si de rien n'était. Bienvenue dans le club.
Trois choses à vérifier, dans cet ordre :
- L'ordre de démarrage. Au démarrage, martelez la touche d'accès au BIOS (F2, F10, Suppr, ou F12 selon les marques). Cherchez « Boot order » et placez l'USB en premier.
- Le Secure Boot. Cette fonctionnalité empêche le démarrage de systèmes non signés. La plupart des distributions modernes sont signées, donc ça passe — mais pas toutes. Si la clé refuse de démarrer, désactivez-le le temps de l'installation, vous le réactiverez après si vous le souhaitez.
- Le mode UEFI/Legacy. Vérifiez qu'il correspond à la façon dont la clé a été créée. En cas de doute, Rufus vous propose les deux options au moment du formatage.
Sur certaines marques — HP et Lenovo notamment —, l'accès au BIOS est verrouillé par un mot de passe d'administrateur que vous n'avez jamais défini. Je l'ai découvert sur un portable professionnel reconditionné. Solution : la procédure de réinitialisation est dans la documentation constructeur, mais elle implique parfois de démonter la machine. Vérifiez avant d'acheter d'occasion.
L'installateur, étape par étape
Une fois la clé démarrée, vous arrivez sur un bureau live. C'est le moment de tester : est-ce que le Wi-Fi fonctionne ? Le son ? Le trackpad ? Si quelque chose ne marche pas ici, vous le saurez avant d'installer quoi que ce soit. Cinq minutes de test valent mieux qu'une installation dans le vide.
Le partitionnement, le moment qui fait peur
C'est ici que les choses se corsent, et c'est exactement ce que les guides « pas à pas » oublient de détailler. Vous avez trois cas de figure :
- Disque entier : l'installateur efface tout et prend la totalité. Simple, radical.
- À côté de Windows : l'installateur réduit la partition Windows et s'installe dans l'espace libéré. C'est le double-boot.
- Manuel : vous décidez de chaque partition. Puissant, risqué.
Mon conseil, si vous vous lancez : créez au minimum deux partitions. Une pour le système, montée sur /, et une pour vos données personnelles, montée sur /home. Pourquoi ? Parce que le jour où vous réinstallez — et ce jour arrive —, vous reformatez seulement la partition système et vous retrouvez tous vos fichiers intacts. J'ai appris ça à la dure, en perdant une configuration de bureau que j'avais mis trois heures à peaufiner.
Le chiffrement LUKS, vous le voyez proposé à cette étape. Deux écoles. D'un côté, c'est une protection réelle si votre portable se fait voler. De l'autre, si vous perdez la phrase de passe, vous perdez tout — il n'existe aucune porte de sortie. Sur un fixe qui ne bouge pas de chez moi, je ne chiffre pas. Sur mon portable, oui, systématiquement.
Le double-boot avec Windows, concrètement
Vous voulez garder Windows 10 ou 11 à côté de Linux ? Ça fonctionne très bien, à une condition : installez Windows d'abord, Linux ensuite. Jamais l'inverse. Windows écrase le chargeur de démarrage sans vergogne, et vous vous retrouvez à devoir réparer GRUB à la main depuis une clé.
Et ça ne s'arrête pas à l'installation. Chaque grande mise à jour de Windows — la mise à niveau annuelle, notamment — a une fâcheuse tendance à reprendre la main sur le démarrage. Votre Linux disparaît du menu. Pas de panique : il est toujours là, il faut juste le remettre dans la liste. Une commande, ou un outil graphique selon votre distribution, et c'est réglé. Mais je préfère que vous le sachiez avant, plutôt que de me téléphoner affolé un dimanche soir.
Après l'installation : les pièges que personne ne mentionne
L'installation se termine, vous redémarrez, tout est beau. Puis vous remarquez que le Wi-Fi ne capte rien, ou que votre écran a des couleurs bizarres. C'est normal. Ce sont les deux points noirs universels.
La carte Wi-Fi qui ne veut rien savoir
Certaines puces Wi-Fi récentes n'ont pas de pilote libre. Le symptôme : pas de réseau du tout, aucune liste de réseaux disponibles. La solution passe souvent par un câble Ethernet le temps de télécharger le pilote, ou par un partage de connexion depuis votre téléphone en USB. C'est pénible mais ça se résout. Le Wi-Fi, c'est le domaine où le matériel propriétaire pose encore problème, et je ne vais pas prétendre le contraire.
NVIDIA, ou la joie des pilotes graphiques
Les cartes NVIDIA utilisent un pilote propriétaire. La plupart des distributions proposent un « pilote additionnel » dans les paramètres système, et l'installation se fait en deux clics. Mais avant ça, l'affichage peut être lent, saccadé, ou refuser une résolution correcte. Ne concluez pas que Linux est mauvais — vous êtes juste avant l'étape du pilote. Après, tout est fluide.
Les codecs et les formats propriétaires
Certaines distributions livrent un système sans les codecs pour lire le MP3 ou certains formats vidéo, pour des raisons de brevets. La case « installer les logiciels tiers » cochée pendant l'installation règle généralement la question. Sinon, un paquet à installer via le gestionnaire de logiciels.
Quelle distribution choisir ? Un tableau honnête
On me demande souvent laquelle prendre. Voici mon avis, avec le public auquel chacune s'adresse réellement — et ce n'est pas toujours celui qu'on croit.
| Distribution | Pour qui | Points forts | Le bémol |
|---|---|---|---|
| Linux Mint | Débutants venant de Windows | Interface familière, tout marche à la sortie de la boîte | Moins à jour sur les paquets récents |
| Ubuntu | Tout public | Énorme base d'utilisateurs, réponses partout | Interface parfois déroutante pour un novice |
| Fedora | Curieux, utilisateurs avancés | Technologies récentes, environnement propre | Mises à jour plus fréquentes à gérer |
| Debian | Ceux qui veulent de la stabilité | Rocher de solidité, idéal sur serveur ou vieux PC | Paquets volontairement anciens |
Pour un premier pas, Linux Mint reste mon choix par défaut. Ce n'est pas spectaculaire, c'est juste que tout fonctionne sans que vous ayez à ouvrir un terminal. Et pour un vieux PC à 2 Go de RAM, une variante légère fait des merveilles : j'ai rendu un Dell de 2011 parfaitement utilisable pour de la bureautique et du web, sans changer une barrette de mémoire.
Installer Linux sur un ordinateur sans système d'exploitation
C'est en réalité le cas le plus simple. Aucun Windows à ménager, aucune partition à préserver, l'installateur prend tout le disque sans se poser de questions. Vous branchez la clé, vous démarrez dessus, vous laissez faire. Un disque vide et une clé USB, c'est la configuration idéale — celle où rien ne peut mal tourner, faute de données à écraser.
Un seul piège : un disque vierge peut être non partitionné, et certains installateurs demandent une confirmation explicite. Lisez l'écran, ne cliquez pas machinalement. Le seul cas où je conseille de ralentir, c'est celui-là, justement parce qu'on est tenté d'accélérer.
Et sur un disque dur externe ?
Techniquement possible, pratiquement déconseillé pour un usage quotidien. Un système sur USB tourne, mais lentement — le débit d'un disque externe n'a rien à voir avec un SSD interne. C'est utile pour tester une distribution sans rien toucher à votre machine, ou pour un système de dépannage. Pour un usage régulier, vous allez vite trouver le démarrage interminable.
Si vous tentez quand même : installez le chargeur de démarrage sur le disque externe, pas sur le disque interne. Sinon, votre PC cherchera un système sur une clé qui n'est plus branchée, et vous aurez droit à un écran noir au démarrage. Je l'ai fait. Une fois.
Il y a quelque chose de satisfaisant à voir un vieux PC reprendre vie avec un système qu'on a installé soi-même. Non pas parce que Linux serait une révélation, mais parce qu'une machine qu'on croyait bonne à jeter se remet à faire exactement ce qu'on lui demande. La prochaine fois que Windows vous annonce que votre matériel n'est plus compatible, rappelez-vous de cette procédure. La clé USB coûte quelques euros, l'après-midi aussi — et le vieux PC, lui, est déjà là.